À Propos

Je n’ai jamais su quoi faire de ma vie et c’est devenu mon métier

Sur le papier, tout avait bien commencé. Bonne élève, parcours scolaire fluide, encouragements constants. J’aimais apprendre, comprendre, réussir. Alors naturellement, j’ai suivi la logique la plus évidente : médecine.

J’étais douée à l’école, je voulais aider les gens, faire quelque chose “d’utile”… donc forcément, ça allait marcher. J’y croyais sincèrement. Et puis il y a eu la chute. Première année ratée. Violent. Brutal. Déstabilisant. Comme si tout ce sur quoi je m’étais construite s’effondrait d’un coup. Pour la première fois, je doutais. De moi, de mes capacités, de cette idée qu’il suffisait de bien travailler pour que le bonheur arrive.

Je tente alors les concours d’orthophonie. Aider les autres, autrement. En libéral, avec plus de liberté. Ça me parlait déjà. Mais là encore : échec. Deuxième porte qui se ferme.

Plan B, presque par défaut : la fac d’économie. Sans attente particulière. Et là, surprise totale. Je m’éclate. Chercher, explorer, lire, comprendre. Faire des liens. Des journées entières à la bibliothèque, le bonheur. Je découvre le plaisir d’apprendre pour apprendre, sans objectif figé, sans costume à enfiler. Sans le savoir, je m’autorisais enfin à marcher sans GPS.


Je croyais que le problème c’était de ne pas savoir quoi faire. En réalité, je ne savais pas encore que le chemin valait mieux que la destination

Choix raisonnables, CV parfait et malaise profond

Je termine mon Master en me spécialisant en intelligence économique. C’est large, sérieux, stratégique. Et surtout, ça me laisse du temps pour réfléchir à “plus tard”. L’année académique est validé mais me laisse ce goût amer que ça ne vaut pas grand chose. Que ce diplôme m’aiguille vers tout et rien à la fois.

Première expérience professionnelle dans un observatoire économique : et c’est un désastre total. Pas parce que je n’étais pas compétente, mais parce que quelque chose sonnait faux. Ce n’est pas moi derrière cet ordi à rentrer des numéros dans des cases.

Je comprends une chose essentielle : je ne veux pas donner mon temps et mon énergie à des projets qui n’ont aucun sens pour moi, ni aucune éthique. Je m’ennuie, je m’éteins, je me trahis un peu plus chaque jour. Le stress est mon quotidien et je le considère presque comme normal. Je n’ai ni repère ni modèle à suivre.

Alors avec mon compagnon, on fait ce que toute personne raisonnable ferait : on part à l’autre bout du monde pour une année. Écosse, Nouvelle-Zélande, Asie. Des projets écologiques, des petits boulots, beaucoup de rencontres… et surtout, ré apprendre à vivre avec moi même. Loin des cases, des attentes, des CV.
C’était vivant, mouvant, intense. Et profondément juste. Je n’avais toujours pas de réponse, mais pour la première fois, je me sentais à ma place dans le mouvement.

J’ai longtemps cru que je fuyais mais je cherchais un endroit où je pouvaisêtre entière.

Le CV de 10 pages et la sensation de n’entrer nulle part

De retour en France, le décalage est immense entre ce que je ressens profondément et ce que je trouve professionnellement. Je n’entre dans aucune case. Alors je fais ce que je sais faire : je m’adapte. Vendeuse chez Décathlon, chargée d’accueil dans une école de surf, gestionnaire de boutique dans un aéroport, femme de ménage, soutien scolaire, assistante de vie auprès de personnes âgées et handicapées, agent d’accueil en banque, barmaid, gestionnaire d’hôtel…et j’en passe !

Bref. Je travaille. Beaucoup. Je m’en sors avec un CV de dix pages. Celui qu’on n’ose pas envoyer. Celui qui fait lever un sourcil en entretien. « C’est riche… mais un peu dispersé, non ? »

Puis arrive une expérience qui change tout : dix jours de méditation en silence, au milieu de moines, en Thaïlande. Je n’y connais rien. Je repars avec une phrase qui me suit encore aujourd’hui : Tout est déjà là

Je plonge alors dans le yoga, en Inde puis au Népal, sans aucune intention d’enseigner… jusqu’au jour où ma prof me regarde droit dans les yeux et me dit : « Tu vas devoir servir les autres. Ces outils sont trop puissants pour les garder pour toi. Les réponses arrivent mais pas de visibilité sur la suite.

Ce que je prenais pour de l’instabilité était peut-être juste une autre forme de cohérence.

Me foutre la paix (enfin) et en faire un métier

Le COVID nous force à rentrer en France. Nous nous installons en Dordogne et lançons Yatri Yoga, une école de Hatha Yoga.

En parallèle, je travaille à distance pour un cabinet de conseil en études économiques et accompagnement associatif. J’évolue, je développe le pôle formation, je touche à tout. On me surnomme rapidement “le pompier de service”. Et là, surprise : je suis douée. J’aime la polyvalence. Formation et transmission me passionnent.
En 2024, je transforme un licenciement économique en opportunité et passe le titre professionnel de formateur pour adultes.

Début 2025, toujours un peu perdue (on ne se refait pas), je réalise un bilan de compétences. Révélation. J’y retrouve exactement ce que j’ai toujours cherché : aider les autres à se comprendre, à oser, à évoluer — sans les faire rentrer dans une case. Pour une fois j’arrête de me segmenter et j’ose me servir de mes expériences. J’arrête enfin de me battre contre moi-même et j’aide les autres à en faire de même : la révélation. J’accepte mon besoin viscéral d’authenticité, ma multipotentialité, mon envie de relier le sens, l’humain, le corps et le travail. Je me forme à l’accompagnement des bilans de compétences, lance mon activité à mon compte et crée Yatri Conseil. 

Dans ce parcours chaotique, j’ai surtout appris une chose essentielle. La seule vraie question n’est pas “Que vais-je faire ?” mais “Qui suis-je ?”
J’ai aussi arrêté de croire qu’un jour j’aurais une réponse définitive. Mon métier aujourd’hui ? Chercheuse. Ma boîte à outils déborde, et je la partage maintenant avec toi.

Je ne sais toujours pas exactement où je vais, mais maintenant je sais marcher. ”